Entre deux mondes

Essai sur le rôle social de la musique dans le rituel de transe thérapeutique de la lila dans la confrérie des Hamadcha du Zerhoun (Maroc)

EHESS
Lisa Therme soutiendra sa thèse d'anthropologie, le mardi 13 octobre 2009 à l'Ehess, sous la direction d'Eliane de Latour (Iris) : Entre deux mondes, essai sur le rôle de la musique dans le rituel de transe thérapeutique de la lila dans la confrérie des Hamadcha du Zerhoun (Maroc).

Résumé

La confrérie des Hamadcha, fondée au 17ème siècle par deux soufis, Sidi Ali Ben Hamdouch et Sidi Ahmed Dghoughi, dans le massif du Zerhoun (Maroc) pratique la lila, un rituel de transe dit thérapeutique, autour et à partir duquel des sphères rituelle et spirituelle  se dessinent : c’est en son sein que l’invocation des mlouk, esprits possesseurs, est rendue possible, favorisant la médiation et l’alliance entre les entités et les hommes. Mais ces espaces, a priori délimités, rayonnent dans la vie de chaque adepte, établissant et maintenant des relations transversales entre les membres de la confrérie, les affiliés et leur entourage. C’est par le biais d’une musique d’invocation, interprétée par les descendants du saint, que les interactions se tissent entre les hommes, les plaçant en même temps dans une relation privilégiée avec les forces invisibles, divines. En ce sens, la musique d’invocation, vécue comme créatrice d’un réseau relationnel, est un lien, une interface multiple entre tous les acteurs de la lila (mlouk, musiciens, participants, affiliés) mais aussi avec ceux qui y sont extérieurs.
En ce sens, et nous tâcherons de déterminer comment et pourquoi, la musique semble contribuer à la création d’un équilibre réticulaire et recouvrir un véritable rôle social qui, en s’enracinant dans la lila, s’épanouit au sein de l’ensemble de la communauté des Hamadcha. Pourtant, la musique a suscité peu d’intérêt dans les travaux anthropologiques liés à la possession ; les cultes dans lesquels elle prend place ont bien souvent été interprété en terme d’expression d’une forme de marginalité (théorie de la compensation) ou de refoulement des pulsions, dissociation de la personnalité. Nous proposerons, tout au long de ce travail, une autre lecture de la transe et de la possession, fondée non pas sur une frontière entre la norme et la marge, mais sur le métissage, l’hybridation, le dépassement des dualismes. Au sein de la société, un chemin d’accès à la liberté s’esquisse, ouvert par la musique d’invocation, et contribue ainsi à recomposer le monde.

Jury

Éliane de Latour, Anthropologue, DR au CNRS et directrice de la thèse
  • Alban Bensa, DE à l'EHESS
  • Felice Dassetto, Sociologue, Université de Louvain
  • Bertrand Hell, Ethnologue, professeur à l'Université de Franche-Comté
Date
  • le mardi 13 octobre 2009
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