Éditorial de la Lettre de l'École n°4, février 2006

Le cycle d'enseignements-débats, organisé à l'EHESS du 23 au 28 janvier 2006, sur le thème « Penser la crise des banlieues. Que peuvent les sciences sociales? », a réuni, pendant cinq soirées et une matinée consécutives, un nombre inattendu de participants. Beaucoup avaient pris la peine de s'inscrire à l'avance, dont un bon nombre pour la totalité du cycle. Les dimensions de l'amphithéâtre du 105 ne nous ont d'ailleurs pas permis, certains soirs, d'accueillir tous ceux qui souhaitaient nous rejoindre. La couverture médiatique dont l'événement a bénéficié, dans la presse écrite, à la radio et même à la télévision, nous a surpris au regard des moyens relativement limités qui nous étaient accessibles pour faire connaître notre initiative. Le mérite de ce succès revient à n'en pas douter à l'énergie de l'équipe des Cercles de Formation – Patrice Bourdelais, Rita Hermon-Belot, assistés de Maria-Teresa Pontois – qui ont mis en place, en un temps record, le programme des soirées et l'organisation que celles-ci appelaient. Ils ont été grandement soutenus, par la mobilisation de tous ceux dans l'École qui ont répondu chaleureusement à leur sollicitation, et par l'efficacité des équipes qui ont pris en charge l'accompagnement technique des soirées, de leur encadrement pratique à leur enregistrement filmé (pour une mise en ligne sur le site prochainement).

Les nombreux remerciements, commentaires et demandes d'intervention qui parviennent maintenant aux Cercles de formation confirment les attentes qui se sont exprimées lors des débats. Le désir de prendre du recul, de se doter d'outils de réflexion permettant de tenir à distance les émotions et les jugements tous faits – désir exprimé notamment par des enseignants, des travailleurs sociaux, des militants et bénévoles d'associations ou des personnels des collectivités territoriales placés au contact direct de la vie des cités - rejoint directement le propos que nous avons poursuivi en organisant ce cycle : celui de mettre à la disposition du débat public les ressources réflexives offertes par les sciences sociales. De quelle façon? En contextualisant l'événement, en le dotant d'une épaisseur historique, en le plaçant en perspective comparative, en faisant varier les points de vue et les échelles de l'analyse, en combinant enfin l'effort d'explication et l'exigence de compréhension.

Souvent sollicités, à chaud, par les medias, nous connaissons parfaitement les risques d'instrumentalisation et de simplification qui guettent le commentaire de l'« expert ». Mais en sens inverse, les temporalités propres à l'activité académique – organisation de colloques ou écriture de livres – nous éloignent souvent des lieux (d'ailleurs rares) où l'exercice scientifique peut rencontrer directement l'effort d'intelligibilité du monde social que les acteurs conduisent eux-mêmes. Une manière de trouver la voie d'une mise en présence de notre activité de chercheurs et de ce travail réflexif en action est de prendre nous-même l'initiative : en offrant un lieu au débat, en mettant à sa disposition les outils de pensée que nous nous employons à produire, en nous soumettant délibérément à la confrontation, en donnant enfin à la discussion le temps de se déployer. L'expérience du cycle « Penser la crise des banlieues » nous a clairement montré que cette offre rencontrait aisément un public demandeur, réactif et enthousiaste. Nous sommes bien résolus à renouveler ce type de proposition, sur d'autres thèmes et éventuellement selon d'autres formats d'interventions. En prenant en charge ce projet, les Cercles de formation proposent une forme originale de « valorisation de la recherche » : celle qui consiste à organiser la contribution des sciences sociales à la formation de l'esprit public. Un projet qui s'accorde pleinement à la vocation même de l'École.

Date
  • le jeudi 9 février 2006

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